Vous êtes adjoint délégué au patrimoine et au quartier centre, depuis le temps qu’il y a des élections municipales à Rennes vous êtes le premier à occuper cette fonction, maintenant que vous avez atteint la soixantaine on peut parler d’un bâton de maréchal

Cette fois-ci encore Nathalie Appéré m’a fait l’honneur de me proposer un poste d’adjoint et particulièrement cette délégation au patrimoine qui est effectivement une première à Rennes. Jusqu’à présent il y avait un conseil municipal en charge du patrimoine, mais les actions étaient réparties en fonction des services municipaux concernés, pour les portes Mordelaises cela a été traité par la direction des jardins, pour les piscines par la direction des sports, etc…Il fallait donc qu’il ait quelqu’un qui puisse avoir un œil dédié au patrimoine au-delà de l’œil d’usage.

Concernant les Portes Mordelaises on peut dire que les services des jardins n’ont pas eu les deux pieds dans le même sabot, je ne sais pas quel est la personne qui a piloté le projet mais on pourrait lui dédier une stèle

Ce n’est pas une personne en particulier, c’est tout le service qui s’est retroussé les manches pour reprendre votre métaphore.

Sur ce coup là ils ont surpassé tous les urbanistes paysagistes qui auraient été timoré par les ardeurs administratives, il y a quand même une audace particulière à faire avaler aux architectes des bâtiments de France et du conservatoire du patrimoine l’usage de béton brut récupéré dans un fond de toupie coulé en plusieurs fois, perso j’y vois comme un palimpseste de rempart et tout ça au coeur d’un site patrimonial exceptionnel alors qu’habituellement les ABF sont arc boutés sur le périmètre des 500 mètres 

En vérité quand je suis arrivé en toute fin sur le projet je pensais que ces blocs de béton étaient provisoires et qu’ils servaient à maintenir des structures d’ouvrages, j’ai été un peu surpris mais c’est vrai que l’on peut leur trouver une certaine forme d’originalité. La passerelle est très bien dessinée et totalement pensée pour les piétons, cette réalisation est une grande réussite qui est plébiscitée par les habitants et les nombreux touristes.

Marc Hervé est indéboulonnable à l’urbanisme, lui en revanche il a un vrai pouvoir 

Évidemment mon rôle n’est pas de le supplanter sur les questions des bâtiments anciens, aujourd’hui sur chaque projet je suis associé en amont, mon rôle est de coordonner les actions et de rencontrer tous les acteurs mobilisés à chaque projet pour faire en sorte que le patrimoine ne soit plus un problème ni une contrainte.

Concernant le centre historique vous n’êtes pas un novice puisqu’il fait partie de vos délégations depuis déjà un bail 

Depuis 2008 en tant qu’élu de ce quartier j’ai eu à m’occuper de beaucoup de dossiers sensibles comme le couvent des Jacobins, l’église Toussaint, le Jeu de Paume et d’autres.

Bon le patrimoine ce n’est pas que les maisons en bois du 18ème siècle

Nous avons de la chance d’avoir à Rennes une grande diversité patrimoniale associée à chaques grandes étapes de la transformation de la ville, le moyen-âge, le 18ème et le 19ème avec la création des grandes rues et boulevards et le 20ème siècle de la reconstruction d’après guerre et la création de tous ces nouveaux quartiers, Villejean, Maurepas, Cleunay, Le Colombier, Bréquigny, Le Blosne. La problématique c’est que beaucoup de ces bâtiments ont vieilli donc il nous faut investir dans la rénovation tout en proposant de nouveaux usages liés aux nouveaux modes de vie. 

Pour l’Etat les monuments deviennent historiques quand ils ont 100 ans

Il y a le patrimoine historique et le patrimoine contemporain, ce que l’on construit aujourd’hui sera  notre patrimoine de demain. Le bâtiment Jean Nouvel sur le mail Mitterrand n’est pas encore complètement inscrit dans l’histoire de la ville, mais demain il le sera et rejoindra certainement Les Horizons qui sont aujourd’hui est un totem de la ville et que l’on retrouve très souvent sur Instagram. Il existe un label qui s’appelle “architecture contemporaine remarquable” et un certain nombre de bâtiments y sont déjà référencés comme l’immeuble Tomine avenue Janvier et le couvent réalisé par Hervé Perrin.

Une de vos missions est aussi d’informer le public

On prépare pour l’été prochain une grande exposition au Musée des Beaux-Arts  sur Rennes des années 50 aux années 75. Donc à la fois l’architecture, mais à la fois les mouvements sociaux et ce qui a accompagné cette période-là, l’arrivée de Citroën, des grands centres commerciaux, l’arrivée de générations d’étudiants. Je pense qu’il faut repérer ce qui fait architecture et en faire un récit social, un récit culturel. On va aussi le faire à l’échelle de Rennes-Métropole, à l’échelle des 43 communes sur ce patrimoine vernaculaire à travers le label Métropole d’art et d’histoire pour avoir un récit métropolitain.

Aujourd’hui un peu dans l’ombre de Maillols, Arretche a construit des chefs d’œuvres 

A titre personnel j’aime beaucoup le quartier du Colombier où il a beaucoup officié et on va y mener un grand projet de rénovation avec la destruction des anciens cinémas, ce sera un projet très ambitieux et très technique qui s’inscrit également dans la rénovation du centre commercial des 3 soleils, la destination de ce nouvel édifice majeur sera annoncé officiellement par la maire ou par Marc Hervé.

Ce projet va vous obliger à dialoguer avec les rennais pour la fabrique de la culture urbaine

On a toujours l’obligation d’accueillir de nouvelles populations mais on ne peut plus s’étaler. On va avoir des ateliers urbains sur Rennes 2050 comme on avait fait sur Rennes 2030. qu’est-ce que l’on va conserver, quel dialogue sur la densité, sur la biodiversité tout en construisant, même si les arbres peuvent contrarier les perspectives notamment dans l’hyper centre, d’ailleurs aujourd’hui je veux qu’on questionne les perspectives parce que la place du végétal est primordiale et il nous faut confronter  le patrimoine à de nouveaux enjeux climatiques. 

Un autre enjeu qui dicte sa loi impitoyable c’est le volet économique, c’est le revers de la médaille de cette richesse patrimoniale et cela donne parfois l’impression que vous vendez les bijoux de la couronne

Il nous faut faire des choix sensibles et c’est pour cela que nous n’avons pas préempté plusieurs bâtiments ou que nous les vendons au secteur privé comme l’ancien messe des officiers, la poste de République ou la chapelle St-Yves, d’autres projets nous mobilisent et vont nécessiter de gros efforts financiers mais dans la plupart des cas des conventions sont signées pour que nous puissions y avoir accès pour des visites, le patrimoine n’a pas vocation automatiquement à être public. Un bel exemple de cette stratégie c’est la maison de la famille Odorico rue Joseph Sauveur, aujourd’hui ce bâtiment remarquable de l’époque art déco est beaucoup plus vu et apprécié que s’il était géré par Destination Rennes.

A ce propos, un peu plus loin rue de Léon il y avait les ateliers Odorico qui ont été saccagés dans les années 80 pour en faire des logements, je me demande si la fresque exceptionnelle en mosaïque n’est toujours pas là sous l’enduit, cela vaudrait le coup de le gratter un peu, de la même manière quand vous avez découpé la dalle des Gaumont sont réapparus les anciens escaliers qui avaient été détruits à coup de masse

Les Rennais ont redécouvert Odorico avec la grande exposition aux Champs Libres et on trouve régulièrement de ses œuvres lors de travaux de rénovation quant aux escaliers ils s’inscrivent dans les futurs aménagement de la Vilaine. Mais pour rester dans l’art déco l’autre des deux grands chantiers qui me touche particulièrement c’est la rénovation de la piscine St-Georges, pendant des années elle a été rafistolée par-ci par-là et au final elle fuit toujours et coûte très cher en entretien donc nous allons la fermer et entamer une restauration de fond en comble.

Moi je suis d’une génération qui allions y apprendre à nager dans les années 60 à l’époque où un maître nageur sadique prenait un malin plaisir à faire boire la tasse aux mômes qui n’allaient jamais à la mer, perso je pense que ce serait plus judicieux de la transformer en boîte de nuit ou en en salle de concert

Alors là n’y comptez pas elle restera toujours une piscine municipale.

Quand on demande aux Rennais de nommer trois éléments du patrimoine ils citent le Parlement, les Horizons et le Stade Rennais, ça ne vaudrait pas le coup de saisir la perche et de construire un stade ultra contemporain en sustentation sur la Vilaine

Pour le Stade Rennais je ne suis pas surpris mais personnellement je suis plus adepte des soirées à l’opéra qu’à la route de Lorient, je préfère botter en touche et laisser la balle à des adjoints passionnés du ballon rond.

On pourrait parler des heures du patrimoine, pour conclure une pensée à Marie Mesmeur qui revendique la légitimité du matrimoine, bon là vous venez d’imprimer vos cartes de visite avec la seule mention adjoint du patrimoine, on peut espérer une nouvelle édition corrective

Sous l’impulsion de Jocelyne Bouvard la ville de Rennes a créé de nombreuses rues avec des noms de femmes pour tenter de rétablir l’équilibre des rues aux noms masculins de la troisième république, pour l’ajout officiel du mot matrimoine je pense que c’est une bonne remarque.