Olivier Bourdais, vous êtes d’une génération où être maçon n’était habituellement pas un choix de vie
Eh bien détrompez-vous tout gamin je voulais être soit agriculteur soit maçon, ma soeur ainée qui était une bonne élève ne voulait pas que je sois maçon et elle m’a encouragée à faire des études, j’ai passé un bac F4 en génie civil et ensuite j’ai fait un BTS en travaux public. Après l’armée je rêvais de construire des ponts et des ouvrages d’art malheureusement arrivé sur le marché du travail, la guerre du golf avait gelé beaucoup de chantiers du Btp, un peu par hasard j’ai répondu à une annonce d’un géomètre expert qui cherchait un opérateur. Pendant deux ans j’ai évolué dans ce milieu mais le contact des matériaux me manquait.
Vous ne seriez pas un peu maso sur les bords
Peut-être un tout petit peu mais j’avais envie de revenir à mes premières amoures même s’il elles étaient plus salissantes et plus lourdes à porter, à ce moment là une bonne fée ou plutôt un bon chef d’entreprise m’a donné ma chance, Alain Bouchard cherchait un jeune chef de chantier expérimenté, j’étais jeune mais novice en maçonnerie, ma fougue l’a convaincu et il m’a proposé de me former sous l’aile bienveillante d’un de ses proches collaborateur Marcel Faligot qui était un maçon à l’ancienne très compétent et très bienveillant.
Adieu veaux, vaches, cochons
J’ai trouvé mon bonheur parmi les pelles, les brouettes et les truelles, j’ai commencé au pied de l’échafaudage et j’ai gravi les barreaux en même temps que j’apprenais tous les fondamentaux de la construction et au bout de quelques années je suis enfin devenu ce pour quoi j’avais été embauché, une jeune chef de chantier expérimenté.
Alain Bouchard avait fameuse réputation
Il était un chef d’entreprise hors pair, plein de bons sens et de clairvoyance, l’entreprise croulait sous les chantiers qui étaient en plus très différents, j’ai même pu acquérir des compétences sur la réfection des réseaux d’eaux usées, qui me servent toujours aujourd’hui et qui rendent de grands services à nombre de propriétaires particuliers.
Vous êtes restés 20 ans chez Bouchard même si entre-temps l’entreprise a été vendue et que le management était moins pertinent
Histoire de générations certainement et de culture du métier, au bout de 20 ans j’ai quitté l’entreprise, pendant quelques mois je me suis reposé et j’ai mûri mon projet de travailler à mon compte comme maçon. Les contrats se sont enchaînés très rapidement, certes sur de moins gros chantiers mais en répondant à une demande très forte de particuliers toujours confrontés à des besoins réels et pratiques, percer une porte ou une fenêtre dans un mur, faire des seuils, refaire une évacuation d’eaux usées, consolider un mur mitoyen, agrandir un garage, réhausser des piliers, la liste est longue et non exhaustive.
Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage
C’est un dicton qui résume tout à fait notre métier, on n’est jamais sûr de rien et on découvre bien souvent plein de surprises bonnes ou mauvaises dès les premiers coups de pioche. Parfois très bonnes quand on reprend le travail d’artisans passionnés des années passées, souvent mauvaises quand on est confronté à des matériaux qui ont mal vieilli ou qui ont subi les assauts du sol et des intempéries. C’est un métier où on doit toujours trouver des solutions.
Parmi les bonnes surprises il y a aussi les lingots d’or cachés derrière un linteau
En ce qui me concerne toujours pas, une fois j’ai trouvé un petit coffre fort scellé dans un mur mais il était vide, pour l’anecdote j’ai un client qui fait l’inverse, à chaque fois que je réalise quelque chose chez lui il profite d’un trou entre deux parpaings pour y glisser des trésors sans valeur mais qui feront certainement rêver les futurs maçons, des vieilles pièces de monnaie, des clés.
Le plus beau trésor d’un maçon est la connaissance qu’il acquiert et qu’il transmet en toute franchise, aujourd’hui vous partagez du temps de travail avec un de vos anciens apprentis de chez Bouchard, Anthony Garnier
Effectivement Anthony s’est installé en même temps que moi, on avait gardé de bons contacts mais on ne s’est pas associés, on s’échange du temps et bien sûr toujours des conseils, il a démarré avec moi et on n’a toujours pas vraiment coupé le cordon ombilical. Moi je travaille seul mais Anthony prend régulièrement un apprenti.
Vous travaillez avec des architectes, vous auriez pu aussi devenir architecte
J’aurai aimé devenir maître d’œuvre et peut-être architecte mais le temps m’aurait manqué parce que je voulais vraiment tout connaître de la maçonnerie même si j’ai souvent l’impression de ne pas encore tout savoir. Pour répondre à votre question de temps en temps je travaille avec des architectes, en revanche j’aime bien m’imprégner des espaces et imaginer des aménagements.
Vincent Diot, sur la photo vous êtes au milieu entouré de deux solides maçons, c’est une image un peu symbolique, comment un gamin comme vous a t’il fait pour se retrouver là
Après avoir passé un Bac général je me suis inscrit à l’école des compagnons du devoir et du Tour de France à Rennes pour y passer un Cap. Étant bachelier j’ai pu le faire en une seule année, je l’ai préparé en alternance dans la petite entreprise d’Antony Garnier, mon contrat se termine fin juillet et je me prépare à partir à Nancy dans une entreprise qui intervient sur des monuments historiques. Je pense qu’après je partirai dans le Nord de la France et ensuite dans le Sud, je me donne quelques années avant de m’établir à mon compte.
Votre jeune âge vous confère un avantage parce qu’aujourd’hui s’opère un virage dans la construction, le tout béton fait de la place à des techniques un peu oubliées à base de paille et de terre crue
Effectivement notre horizon s’élargit, cela est très motivant et notre génération est de plus en plus sensible à acquérir ces techniques un peu oubliées, ce sont de nouvelles connaissances qui vont s’ajouter à toutes les autres que nous devons également bien maîtriser, le challenge est assez considérable et j’en suis conscient, c’est ça qui est passionnant dans ce métier c’est de se dire que l’on apprend toujours quelque chose au fil du temps.
Anthony Garnier, vous complétez ce portrait de “famille”, quel est votre parcours
Je suis issu d’une famille de travailleurs indépendants, donc tout jeune j’avais l’idée d’être à mon compte un jour. J’ai arrêté l’école à 16 ans et je me suis inscrit à l’école des compagnons du devoir pour faire un Cap, certes je n’ai pas fait de tour de France mais j’ai beaucoup voyagé dans le bassin rennais pour compléter ma formation entre la rénovation du patrimoine jusqu’à la construction de grands ensembles dans des entreprises comme Cardinal ou Legendre.
Dans le temps il y avait une pub pour Renault qui disait elle a tout d’une grande, vous en fait vous avez tout pour un petit
J’ai été confronté à toutes sortes de problématiques de constructions et aujourd’hui je suis capable de répondre à petite échelle à plein de situations différentes, en plus de travailler de concert avec Olivier Bourdais occasionnellement, j’ai toujours eu un apprenti et à l’avenir j’envisage de développer mon entreprise pour gérer des chantiers plus importants. J’ai construit moi-même ma maison de 250 m2 ainsi qu’une piscine.
Peut-être dans l’optique d’évoluer sur de nouvelles techniques de constructions écologiques
Force est de reconnaître que l’on est encore très attachés aux techniques traditionnelles avec du parpaing, du sable et du ciment. Le coût des matériaux freine beaucoup de clients, même la brique reste encore très chère, mais oui forcément on est attentifs aux propositions de nos fournisseurs reste à savoir si le marché des particuliers va suivre.
C’est là que les architectes ont un rôle prépondérant à jouer
La partition est déjà bien écrite, je travaille souvent avec des architectes et c’est une relation qui fonctionne bien, d’ailleurs je ne prospecte jamais pour avoir de nouveaux chantiers, le bouche à oreilles est encore un très bon réseau de communication.
Excellent reportage
Precis et intéressant à lire
On cerne bien les personnages attachés à leurs valeurs
Cela pourrait susciter de futures vocations
A lire et à mediter