Comme tout bon étudiant rennais en droit, vous avez fait vos études à la fac de Rennes
J’ai fait mes deux premières années de droit à Rennes I puis je suis allé ensuite à Paris II Assas, lors de mon service militaire j’ai passé un master en révisant le soir, nous étions plusieurs jeunes conscrits étudiants et la caserne nous avait alloué une salle spécifique, hélas je n’ai pas pu valider mon année en juin j’ai donc fait un deuxième master avant d’être admis en parcours d’avocat. J’ai prêté serment au barreau de Paris en 1991 et j’ai commencé à travailler dans un cabinet mais je sentais que je n’avais pas fini mon cursus universitaire et j’ai réussi à convaincre mon épouse de m’accompagner à la Nouvelle Orléans pour y suivre un 3ème cycle de droit général américain à l’université de Tulane.
Pourquoi les Etats-Unis
Adolescent j’ai eu la chance de faire un séjour dans une famille dans l’Oregon chez des gens très sympathiques et aussi très cultivés qui m’ont donné les bases de la culture américaine. Précocement je subodorais qu’il me faudrait maîtriser parfaitement la langue mais aussi la manière de travailler des juristes américains, cette année a été aussi l’occasion de jeter les bases d’un réseau de relations humaines et professionnelles internationales. On était environ une soixantaine d’étudiants étrangers venant de tous les continents.
Droit américain versus code Napoléon, le choc des cultures
Napoléon a complètement révolutionné le droit français, avant lui on avait un droit écrit dans le sud et un droit coutumier dans le nord, donc non écrit et qui était un droit issu des décisions de justice. Aux Etats-Unis, on est dans un système de common law comme en Angleterre. La common law est un système juridique dont les règles sont principalement édictées par les tribunaux au fur et à mesure des décisions individuelles, ce sont les décisions de justice qui, au fil de l’eau créent le droit, créent les règles et les règles peuvent évoluer du tout au tout. En revanche, ce qui est fédéral est essentiellement codifié, il y a aussi ce qu’on appelle le UCC, le Uniform Commercial Code qui est un code appliqué dans les relations commerciales dans la plupart des États américains. Le bémol est que beaucoup de domaines relèvent du droit de l’État et on n’a pas le même droit à New York, dans l’État de Pennsylvanie, dans l’État du Texas, etc… Donc, le droit américain n’est pas uniforme.
Vous êtes aussi qualifié pour être avocat aux usa
J’ai préparé le Barreau de New York mais je ne l’ai pas eu, en revanche cela a été une très belle leçon d’anglais juridique qui a véritablement complété mon troisième cycle de droit américain. En le préparant nous avions deux programmes, le New York Law et le Multistate Law qui est un ensemble de règles juridiques communes à la plupart des États américains. Le troisième cycle de droit américain à Tulane était très concentré sur quelques matières, par exemple, du Contract Law, du Cooperation law I et II. Le premier, c’était le droit des sociétés non cotées, le deuxième celui des Public Companies, c’est-à-dire les sociétés cotées. Et puis, on avait donc le cours de International Business Transactions y inclus , le ADR, Alternative Dispute Resolution, c’est-à-dire les contrats internationaux. 

Vous avez parcouru  le monde
La vie en a décidé autrement j’ai eu trois garçons, j’ai créé mon cabinet à Paris et je suis très attaché à ma terre natale la Bretagne. Aujourd’hui, mes principaux clients sont un groupe belge qui, lui-même est une filiale d’un groupe américain en matière de produits pour le bâtiment et d’autre part, la filiale d’un groupe allemand, elle-même filiale d’une société américaine qui fabrique des fauteuils pour des personnes handicapées. Ces deux clients-là notamment, je les ai eus grâce à mon réseau américain.
Aujourd’hui, votre carrière étant faite, vous avez envie de conjuguer votre connaissance du monde du bâtiment et la culture américaine
J’ai créé un site internet “Lex-Realty.com”. Cette nouvelle activité agrège toutes mes connaissances techniques du monde de la construction, mes compétences juridiques en matière de droit des contrats et des contentieux, ma passion pour l’architecture d’intérieur et la décoration et mon réseau américain.
Il parait que Donald Trump indispose tellement une partie des américains qu’ils sont nombreux à l’image de Georges Clooney de chercher à s’installer en France

Concernant Georges Clooney je n’y suis pour rien, mes prospects ne sont pas des gens extrêmement riches, ma cible se situe proche des gens qui veulent investir entre 500 000 et deux millions d’euros, je suis aussi très concentré sur Paris qui est ma ville de cœur tout en pouvant intervenir partout en France.
Merci Donald
Il n’est pas le seul moteur de cet intérêt pour la France. Les français ne s’en rendent plus compte mais la culture et son accessibilité suinte à chaque coin de rues, l’image qu’en ont les américains est presque une corne d’abondance culturelle, chez eux la culture est réservée aux élites, ici elle très démocratisée. Confidence pour confidence je suis dans l’âme un architecte frustré.
La boucle est bouclée parce qu’avec l’accumulation des normes et des contentieux, les architectes sont très contraints par le juridique
J’ai toujours été passionné par l’immobilier et j’ai longuement hésité à choisir une carrière, j’ai finalement opté pour le juridique en sachant qu’un jour ou l’autre je reviendrai à ma première passion.
En fait là vous êtes plus agent immobilier que constructeur
Je ne suis pas non plus agent immobilier, déontologiquement les avocats ne peuvent pas faire de transactions pures, nous ne pouvons être que intermédiaires à l’occasion d’un accompagnement juridique. Les américains sont très proches de leurs “lawyer”, ce sont presque des médecins de famille. Mon job est de défricher le terrain et m’assurer que la transaction sera sans aucun risque pour l’acheteur, en plus de démêler les subtilités juridiques je suis aussi parfaitement capable d’analyser l’habitabilité des logements proposés et de déterminer s’ils sont adaptés aux besoins de mes clients.
Dans l’immobilier beaucoup de professions essayent de manger leur part du gâteau, vous n’avez pas le sentiment d’arriver comme un chien dans un jeu de quille
Non parce que je ne touche des honoraires que de mes clients américains, j’ai beaucoup de contacts auprès des notaires, je sais parler leur langage et faire le lien avec les clients, et au final tout le monde se réjouit parce qu’avec mes prestations et celles des notaires, le job est bien ficelé et les clients tout à fait satisfaits.
Dernière question sur votre site il y a surtout des photos d’immeubles haussmannien, ne vous êtes-vous pas trompé d’époque
J’avoue que ma passion de l’architecture est très centrée sur les siècles passés (17, 18 et 19ème ), concernant l’architecture contemporaine mon attrait s’arrête aux années 60 comme à Rennes ou Georges Maillols a construit des merveilles. Le nouveau palais de justice de Paris ne trouve pas du tout grâce à mes yeux, les américains aiment beaucoup le Paris des grands boulevards et du Marais, sur ce point-là, je suis totalement en phase avec mes amis américains.