Gisèle Burel quelle est la genèse de cette aventure artistique exceptionnelle

A la fin des années 90, au retrait de mon beau-frère Michel Burel de la gestion de l’hôtel ArMilin’ mon mari et moi avons décidé de restructurer le parc attenant qui était en fait un circuit de karting. C’était une activité qui avait été très à la mode dans les années 60 mais son attrait avait considérablement diminué auprès du public. Nous avons sollicité un paysagiste pour créer ce parc et très rapidement nous avons eu le souhait de l’ouvrir au public pour que les habitants puissent en profiter. J’ai toujours eu une passion pour les arts et au fil du temps j’avais noué des relations amicales avec un groupe de sculpteurs qui avaient du mal à trouver un lieu pour montrer leur travail, sans intention particulière je leur ai donc proposé d’exposer leurs oeuvres dans le parc, le succès a été phénoménal puisqu’ils ont vendu l’intégralité des sculptures.

Dans la foulée vous créez l’association 

Pas exactement parce qu’au départ je n’avais aucunement l’intention de continuer cette expérience, mais les artistes ont tellement insisté que je me suis attelée à la tâche.

Ne pas mettre la charrue avant les boeufs est une expression qui parle à un Burel

Effectivement le bon sens paysan l’a emporté et mon mari Jacques m’a encouragé à m’investir pleinement dans ce projet au service des artistes et de l’art monumental, d’ailleurs au démarrage je l’ai souvent sollicité pour qu’il me prête des tracteurs et des camions pour amener les sculptures. Au début la passion a été mon moteur mais chassez le naturel et il revient au galop et en qualité de directrice financière de l’entreprise j’ai tout de suite compris qu’il me fallait structurer cette aventure artistique pour lui assurer un avenir.

Aujourd’hui le rayonnement artistique est international et le nom de Châteaubourg se prononce en plusieurs langues

Hélas il nous a fallu attendre les élections municipales de 2014 pour que la municipalité s’investisse pleinement sous l’impulsion de son nouveau maire Teddy Régnier, jusqu’alors le soutien avait été frugal avec l’achat de deux oeuvres. 

Sans déclamer une autre métaphore votre expérience du semis vous a permis de faire germer l’idée de créer l’association des Entrepreneurs Mécènes et de porter la manifestation annuelle du Jardin des Arts

Oui j’ai pris mon bâton de pèlerin mais je n’ai pas eu besoin d’aller très loin, je suis resté dans les vallons de Châteaubourg et très rapidement une petite douzaine d’entrepreneurs se sont agrégés à cette belle aventure, nous avons aussi eu la chance que le Ministre de la Culture de l’époque Jean-Jacques Aillagon crée en 2003 la loi relative au mécénat aux associations et aux fondations. J’ai tenu à ce que cette association fédère des petites et des très grandes entreprises comme Samsic et Sojasun et dont leurs dirigeants étaient tous animés par l’art monumental.

Donc là plus besoin de taxer les camions de chez Sulky quand le patron avait le dos tourné, mdr

Non la directrice financière veillait au grain, lol. Les premières années ont été très exaltantes, nous nous déplacions par groupe de mécènes chez les artistes pour sélectionner collégialement les oeuvres.

Pourquoi vous n’avez pas eu l’idée de nommer un(e) commissaire d’exposition

Nous sommes mécènes mais nos moyens ne sont pas pour autant considérables et puis cela fait partie de l’adn des adhérents de s’impliquer sur le registre culturel et de faire des choix qui sont forcément toujours un peu arbitraires, c’est ainsi. Nous avons aussi eu la chance de collaborer avec un grand publicitaire, Daniel Jouan, pour notre communication visuelle sachant qu’il est lui-même un amateur d’art éclairé.

Chaque année d’autres artistes se greffent à l’exposition même si ce sont des artistes en herbe et qu’ils ne manquent pas de talent

C’est une très grande satisfaction d’exposer les travaux des enfants des écoles de Châteaubourg même si on ne sait pas encore si cela a créé des vocations chez certains d’entre eux. Très rapidement j’ai écrit à l’ensemble des établissements scolaires, même jusqu’à Vitré et une seule école s’était manifestée et avait compris l’intérêt pédagogique de cette démarche, heureusement aujourd’hui quatre établissements se mobilisent.

On ne voit pas souvent des travaux d’étudiants confirmés en art

Là aussi j’ai contacté différentes structures d’enseignements supérieurs en Bretagne notamment pour leur proposer de travailler sur des projets de Land Art avec leurs étudiants, mais nous n’avons eu aucun retour même si on pense que cela serait une formidable passerelle pour les étudiants. Personnellement je suis très attirée par le Land Art mais c’est une forme d’expression qui coûte très cher parce que les artistes doivent travailler sur place avec des matériaux que l’on doit se procurer, les artistes de Land Art sont souvent internationaux cela nécessite donc une logistique conséquente.

Le temps passe d’autant plus vite que l’on est passionnée, un bail de 20 ans s’est échu et pourtant le Jardin des Arts est toujours florissant

Toujours le bon sens paysan qui est accroché aux semelles des Burel, j’ai confié les rênes à ma belle-fille Magali qui est bien épaulée par un co-président Jean Jenin.

J’imagine que la voix de Gisèle compte double ou triple dans les choix culturels

Non non ça c’est un truc que vous avez inventé. Aujourd’hui la manifestation artistique est très prisée des artistes, ce sont eux qui nous envoient des dossiers de candidatures, d’autres entrepreneurs nous ont rejoints par contre les décisions sont toujours collégiales, une personne une voix même moi.