Alors, dites-moi, c’est quoi la maison de l’architecture et du patrimoine
La cité de l’architecture et du patrimoine, puisque c’est l’appellation exacte, c’est… vous voulez que je vous présente l’institution, c’est ça ?
Vite fait, oui
C’est une institution qui est à la fois jeune et ancienne, puisque c’est une institution qui a été inaugurée en 2007, et qui est la fusion d’autres institutions plus anciennes, à commencer par le musée des monuments français, qui, dans l’histoire remonte à 1879. Les trois autres grandes institutions sont une bibliothèque d’architecture contemporaine qui est issue de l’ancienne IFA, Institut français d’architecture, un département dédié à la création architecturale qui est une sorte de plateforme qui organise des colloques, des conférences, des symposiums, qui est aussi issu de l’IFA, et puis l’école de Chaillot, qui est le quatrième pilier de la maison, qui remonte à 1887 et qui forme les architectes du patrimoine ou ABF en raccourci.
Et vous êtes le patron de tous ces gens-là
Moi, pas du tout. Je suis simplement le directeur du département des collections, c’est-à-dire qui comprend le musée des monuments français créé par Viollet-le-Duc en 1879, et le centre d’archives qui est compris dans ce département des collections.
Alors c’est qui le patron
A la tête de l’institution générale, il y a un président qui s’appelle Julien Bargeton. Ma responsabilité est uniquement sur le côté musée-archives, qu’on appelle le département des collections. L’institut, c’est la cité de l’architecture du département, dans cette grande maison, mon département, c’est le département des collections, qui comprend le musée et le centre d’archives.
Quand j’ai regardé sur Internet, notamment j’ai posé des questions à l’IA, les articles sont un peu orientés en disant que vous êtes venu pour dépoussiérer les rayonnages
Ah oui, c’est curieux ça, parce que je n’ai tenu ce genre de propos d’aucune manière. Donc non, c’est une institution générale avec des collections vraiment fabuleuses. La seule chose que j’ai peut-être pu dire, c’est qu’on a un vrai enjeu comme dans la plupart des musées, c’est de ne pas mettre toute notre énergie sur les expositions temporaires, mais aussi de faire venir et revenir les visiteurs dans les collections permanentes.
Vous dépoussiérez pas vous ranger
Mon action depuis un an, ça a été d’essayer de rééquilibrer nos énergies pour valoriser, pour mettre en valeur les collections permanentes. On vient d’ouvrir trois expositions temporaires dans les collections permanentes pour justement essayer de faire mieux connaître, mieux redécouvrir ces collections, avec deux expositions d’art contemporain et une exposition consacrée au centenaire de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925.
Le fonds de roulement du musée, c’est quoi, des moulages en plâtre
Il y a effectivement toute une collection de moulages en plâtre qui ont été réalisés dans la lignée de Viollet-le-Duc entre les années 1880 et 1950, s’y ajoute environ 10000 plâtres qui documentent l’histoire de l’architecture en France du Moyen Âge au début du 19e siècle. La deuxième partie c’est une collection de maquettes, dessins, photographies sur l’histoire de l’architecture de 1850 à nos jours, et, il y a une troisième galerie qui est une galerie de copies de peintures murales majoritairement médiévales, qui, elles, ont été réalisées entre les années 1930 et les années 1950. Donc en fait, on a trois grands fonds qui constituent ensemble un balayage de l’histoire de l’architecture du début du Moyen Âge à aujourd’hui.
L’architecture moderne est un art qui a d’abord été créé par la peinture de la renaissance vénitienne, même si ça gonfle nombre d’architectes qu’on le dise
Je ne sais pas si j’irai jusque-là, mais en tout cas, c’est sûr que dans toutes nos collections, on voit qu’il y a un lien très intime entre la sculpture et l’architecture, entre la peinture et l’architecture, encore aujourd’hui, les architectes et les plasticiens ont effectivement des liens très étroits. Tout ça forme ce qu’on appelle le champ des arts visuels, donc il y a des tas de références communes, de canons communs, enfin oui, art et architecture, c’est un vieux classique.
Donc la première chose que vous avez fait quand vous êtes arrivé, c’est d’aller dans les archives, dans les réserves, pour voir tout ce qu’il y avait
En fait, quand on arrive dans un musée et un centre d’archives, il faut prendre connaissance des collections, s’imprégner de ces collections. Je m’appuie aussi quand même sur une équipe qui connaît tout ça très bien, mieux que moi, et donc il y a aussi cette dimension d’un travail collectif à animer quand on dirige une maison comme celle-là. Et puis assez vite, enfin ça fait un peu plus d’un an maintenant que je suis là, donc assez vite, on a mis en route ces trois projets d’exposition temporaire dont je parlais tout à l’heure, et on l’a ouvert en octobre dernier.
Et quand vous dites de l’art contemporain, ça reste lié à l’architecture
Oui, alors ce qu’on a voulu faire c’est une sorte de maison de dialogue. Il y a deux expositions d’art contemporain, l’une consacrée à une artiste, une peintre française contemporaine qui s’appelle Fabienne Verdier qui a une très belle pratique picturale. Fabienne Verdier est une artiste qui a beaucoup regardé l’art ancien, notamment les maîtres flamands du 15e et du 16e siècle, et elle a trouvé place dans notre galerie des moulages, la galerie dans laquelle on a tous ces moulages consacrés à l’architecture médiévale romane et gothique, dans un jeu de dialogue, d’aller chercher le regard des visiteurs pour créer des liens entre les moulages et la peinture. Ça, c’est une première proposition. La deuxième, c’est une expo collective autour de la Color Field Painting américaine dans la galerie des peintures murales, où là on va plutôt essayer de trouver les points communs entre deux types de peintures qui évidemment n’ont rien à voir, l’une très figurative, l’autre très abstraite, mais qui toutes les deux recherchent quand même une forme d’absorption du spectateur par la grande dimension, par des surfaces colorées très importantes. Il y a des palettes colorées très similaires à certains endroits, parce que la Color Field Painting a beaucoup joué sur l’absorption de la couleur, de la peinture acrylique par la toile. Il y avait vraiment ce jeu de l’idée d’une toile qui doit absorber la couleur, de la même manière que dans une fresque médiévale il y a cette idée du plâtre frais qui absorbe les pigments. Il y a quand même une parenté sur la palette colorée. Ça permet de souligner aussi tous les jeux de motifs géométriques qui sont présents dans la peinture murale médiévale, qu’on redécouvre grâce à cette confrontation un peu inattendue. C’est assez stimulant pour le regard de jouer cette confrontation de deux univers qui a priori n’auraient rien à voir.
En fait, chassez le naturel il revient au galop, votre expérience au Mucem, ça vous tient au corps
C’est un peu le hasard, mais je crois que finalement toutes mes carrières ont été faites de ce dialogue un peu impromptu entre deux univers plastiques qu’à priori on ne chercherait pas à rapprocher. Je crois qu’au contraire de cette confrontation inattendue, il reste des choses intéressantes.
A Rennes le temple du 17ème vous avez exposé Zloty
Oui, tout à fait. Je crois que c’est ça qui m’intéresse dans le monde des musées. On est dans un monde qui est fait de collections qui couvrent des champs très vastes, et quand on a la chance de pouvoir faire se rencontrer des univers plastiques et des univers d’âme intellectuelle qu’à priori rien ne relie, il y a des choses parfois intéressantes. Parfois on prend le risque et on se plante, ça arrive, je pense qu’il faut assumer ce risque-là aussi, parfois ça marche bien et c’est stimulant pour tout le monde. Ici j’ai eu la chance d’être arrivé dans une institution qui est remplie de professionnels qui pour certains sont là depuis très longtemps mais qui sont très ouverts à des idées nouvelles, à des propositions nouvelles, Il y a vraiment une très bonne ambiance de travail, je suis vraiment très heureux. Évidemment, ça fait des débats, on en discute, c’est normal, je trouve qu’une exposition, ça sert aussi à ça.
Si ça passait comme une lettre à la poste, vous passeriez sans doute à côté de quelque chose
Je trouve qu’on a eu de très bons retours et puis surtout du côté du public, depuis que les trois expos ont ouvert, on a une fréquentation qui a considérablement augmenté, c’est quand même ça l’objectif, donc on est contents de ça.
On peut imaginer que vous allez faire dans le futur une expo avec des architectes contemporains
Mais oui bien sûr que la cité continue à creuser son sillon et sa spécificité en visant des architectes. On va faire un accrochage dans les collections permanentes très bientôt avec des maquettes issues d’une donation de Francis Sauveur, et puis avec des expositions plus monographiques, plus ambitieuses, qui sont dans les cartons pour les années qui viennent. La cité va continuer à garder tout un volet dédié aux expositions temporaires.
En fait, là, c’est un bâton de maréchal pour vous parce que c’est assez extraordinaire comme poste, en plus au Palais de Chaillot, y’à pire comme environnement
Oui, oui, c’est un très beau poste, je suis vraiment ravi, c’est une très belle expérience, à l’échelle de Paris il y a une sorte d’émulation à l’échelle de tout ce qui existe en matière culturelle dans cette ville, donc c’est une autre dimension.
On va vous fredonner la chanson de Marie-Paule Belle
Rassurez-vous je ne suis vraiment pas parisien, je suis un vrai provincial, donc je sais aussi à quel point la culture en région est importante, et j’ai vraiment beaucoup aimé travailler à Rennes et à Marseille. Mais c’est vrai que je mesure aussi l’émulation que provoque cette proximité avec plein d’autres musées alentour sans compter que j’ai la Tour Eiffel sous les yeux depuis la fenêtre de mon bureau.