Sculpteur sur bois c’est un boulot ça pour le moins cela doit être un sacerdoce d’ailleurs vous devez être encore moins nombreux que les curés
C’est vrai que l’on est très peu nombreux, en Bretagne on doit nous compter sur les doigts d’une main, la vocation m’a pris très jeune dans la ferme de mes parents où il y avait toujours un bout de bois à tailler et dès la seconde j’ai fait un cap de sculpteur sur bois à Auray. A l’époque c’était un apprentissage assez long qui durait 3 ans, le temps nécessaire pour acquérir une formation très variée sur les différentes essences de bois, les outils savoir les manier et les affûter et puis bien sûr la pratique qui se fait pas à pas, il faut du temps et du travail pour apprivoiser le fil du bois, à la fin de ce cursus j’ai rejoint l’école Boulle toujours dans la même spécialité, j’y ai beaucoup pratiqué le dessin et j’ai perfectionné mes techniques à un niveau supérieur.
Tout de suite vous vous êtes mis sur un établi après un tel cursus
En fait non, en sortant de l’école Boulle je n’arrivai pas à dessiner ma carrière, j’ai eu la chance de travailler 7 ans sur Paris dans une grande entreprise d’événementiel dans laquelle je créai des maquettes destinées à imaginer des stands pour des entreprises lors de salons, à cette époque tout se faisait encore à la main donc mes études de dessin et de sculpture m’ont été très utiles. Un jour mon épouse a eu un emploi sur Rennes et c’est comme cela que je me suis installé à mon compte.
La Bretagne est une région fertile en rénovation du patrimoine vu le nombre de chapelles
Oui très rapidement j’ai été contacté par une entreprise pour rénover des éléments sculptés, la plupart du temps je faisais de la rénovation en réparant les parties endommagées, avec le temps et l’expérience j’ai acquis une certaine reconnaissance dans la profession et maintenant on me confie assez souvent des réfections complètes de poutres ou d’éléments de décoration qui au bout de plusieurs siècles sont très fragilisées, il me faut donc les refaire entièrement comme ici à Rennes pour le restaurant de la rue de Penhoët dont vous avez parlé précédemment, ceci dit les conservateurs apprécient que l’on s’inspirent fidèlement de l’existant et surtout du geste initial même s’il date de plusieurs siècles, parfois les sculpteurs étaient malhabiles et parfois c’étaient des artisans doués d’une grande dextérité, pour ce genre de chantier on ne me demande pas de faire du Thierry Laudren.
Pour du Thierry Laudren il faut aller voir votre stand au salon “Maison et Objet” ou dans des galeries, d’ailleurs c’est curieux cette juxtaposition de ces deux mondes dans votre travail
La restauration de patrimoine dépend des chantiers et c’est assez irrégulier, certaines années il ne se passe rien donc je crée des meubles même si initialement je ne suis pas ébéniste mais sculpteur sur bois.
Oui on peut dire que ce sont des meubles parce qu’il y a des tiroirs et des portes mais la sculpture est prédominante pour autant ce ne sont pas des meubles bretons, Mdr
Je peux sculpter une Bigoudène j’ai bien fait une girafe de six mètres de haut pour la bibliothèque de Montfort-sur-Meu, effectivement la girafe n’a pas de tiroirs mais c’est très important pour moi que mes sculptures ait aussi une utilité, j’aime bien ce mélange d’art et de fonction, alors souvent ce sont des tiroirs cachés, des portes dérobées ou des trappes escamotées.
Alors ce qui est curieux dans votre production de meubles c’est que vous êtes présent dans des intérieurs partout dans le monde, en Arabie Saoudite, en Inde, en Chine ou aux USA et en fait votre atelier est on ne peut plus monacal excepté ce joyeux bordel et vous même avez un look de non artiste
C’est vrai qu’au fil des années j’ai vendu plusieurs centaines d’oeuvres, des consoles, des tables, des armoires et que nombre d’entre elles sont dans des palais orientaux ou d’Asie, j’ai aussi fabriqué des bureaux pour des chefs d’entreprises très prestigieux et tous ces meubles sont sortis de cet atelier assez exigu et très encombré même si je ne stocke que très peu de bois brut préférant aller me servir dans des scieries, nombre de mes créations passent aussi du temps dans mon atelier, certaines parfois dix ans avant que je n’estime qu’elles sont abouties et qu’elles peuvent partir.
Je ne vois pas d’ordinateur dans tout ce fracas
Non effectivement l’essentiel de mon travail commence sur une feuille de papier blanc et avec des crayons à papier, j’ai besoin de tout dessiner et sous toutes les coutures, il en est de même pour mes travaux de restauration c’est comme cela que les architectes et les conservateurs valident mes futures réalisations, même si des fois je glisse une tête facétieuse qui tire la langue. Pour une création de mobilier je fais généralement près d’une centaine de croquis, et quand je l’ai dessiné parfois plusieurs fois à l’identique je réalise une petite maquette et même de temps en temps une maquette à l’échelle un pour valider des options au préalable, j’ai toujours besoin d’être face au volume.
Quand votre client est de sang royal ou à la tête d’une grande entreprise, il ou elle a son mot à dire
Effectivement si l’achat ne se fait pas sur un coup de coeur lors d’un salon certains acquéreurs me passent des commandes, au préalable je fais donc beaucoup de croquis mais jamais de photos pour juger de l’évolution de l’oeuvre, oui parfois les échanges peuvent être tendus mais cela ne m’est jamais arrivé de laisser le projet en plan. Je pense que mes clients savent que je suis un peu un ours et ils ne s’aventurent que très rarement à l’atelier, Lol.
Sur quelles essences de bois vous travaillez
Le bois le plus courant surtout en restauration c’est le chêne c’est aussi le plus solide, je peux utiliser d’autres arbres comme le tilleul, le poirier ou le noyer. Le tilleul est très tendre mais il est aussi très fragile. Pour un meuble, le choix de l’essence se fait aussi en fonction de l’usage, le chêne est donc le plus utilisé.




